25.03.2012
Blues around the clock
Je cligne des yeux, observe d’un regard brumeux les chiffres qu’affiche le radio-réveil : 7h15.
A côté, TiNours dort paisiblement en faisant de tout petits « puffff » comme un lionceau gentil. Il profite de son dimanche matin. Moi, je sais que ce n’est pas la peine de m’attarder, je me connais : je ne me rendormirai pas.
Je me lève silencieusement, vais dans la salle de bains, j’enfile mon peignoir. Je connais la corvée qui m’attend. Première étape : la radio qui affiche l’heure, sur le meuble juste en face de la douche. Je bidouille, hop, on passe à 8h15.
Direction la cuisine. Le gâteau marbré que j’ai préparé hier a embaumé discrètement l’atmosphère, hum. Je tripote le curseur du four. 8h17. Puis l’horloge accrochée au mur, je décroche, je tourne les aiguilles par-derrière, et je remets l’objet au mur. 8h18.
Maintenant, le plus chiant : le salon. Je commence par les deux lecteurs vidéo. Faut brancher la télé pour faire apparaître, pour chacun, les deux programmes « set up clock » j’attrape les télécommandes (une pour chaque appareil, évidemment : pourquoi faire simple quand... vous connaissez la suite) : tac tac tac, 8h20 pour l’un, 8h21 pour l’autre. Après, il y a le récepteur satellite. Allumer, éteindre. Là, le réglage se fait seul, tant mieux. 8h23. Le petit réveil à piles posé sur la petite table entre les deux divans. Ah oui, zut, c’est vrai, il a perdu son petit écrou de réglage, çuilà. On a rarement besoin de le toucher, sauf un seul jour dans l’année. Aujourd’hui, c’est LE jour ! Je vais chercher une pince à épiler dans la salle de bains, je tourne délicatement les aiguilles par derrière en maintenant la minuscule tige : 8h30.
Quoi d’autre ? Ah oui, le radio-réveil dans la chambre à l’étage. Je monte changer l’heure là-haut. Pourquoi conserver un réveil consommateur d’énergie dans une chambre dont nous ne nous servons pas, d’ordinaire ? Ahlàlà, m’sieurs-dames, ça fait partie de toute une logistique, ça. Voyez-vous, il y a certaines nuits où le conjoint ronfle, et où on a beau s’agiter pour faire « rebondir » le matelas dans tous les sens, ça ne change rien. L'être aimé se retourne, les ronflements cessent pendant trente secondes, le temps pour lui de se rendormir, et puis... zou, ça repart de plus belle. Je ne jette pas la pierre à TiNours, je suis aussi sujet que lui aux crises de ronflements incoercibles façon Ours Dans Sa Tanière. L’expérience nous a appris, à tous les deux, que dans ces cas-là, la seule chose raisonnable à faire, c’est d’aller dormir ailleurs. Dans la chambre d’amis en haut, par exemple. Mais quand on travaille le lendemain matin, qui nous réveillera ? Voilà pourquoi le radio-réveil reste branché ET programmé à l’étage. Lorsqu’on y entre à trois heures du mat’, on est beaucoup trop comateux pour avoir envie de se taper branchement, réglage de l’heure, et tutti quanti. A peine si l’on peut pousser le curseur de l’alarme sur « on » avant de replonger dans un sommeil bienfaisant, dans une chambre silencieuse...
Tactactactactac. Mission accomplie. Il est 8h35 dans la chambre d’amis.
Bon, et que me reste-t-il encore à faire parmi ces réglages divers (non : d'été) et avariés ? Ah oui, le bureau. Je redescends et m’attaque à l’horloge intégrée dans la stéréo. Il me faut le mode d’emploi pour le faire... ce que c’est chiant. Clic, clic, clic, 8h45. J’en profite au passage pour envoyer une bise virtuelle à mon pc qui, lui, sait se mettre automatiquement à la bonne heure sans même pour cela qu’il soit nécessaire de l’éteindre et de le rallumer.
Quand TiNours se réveillera, on s’occupera aussi des deux radios-réveils de notre chambre. Un pour chacun. Pas par souci d’équité, mais il y a, il y a eu (de moins en moins, heureusement), des matins où ne nous réveillons pas à la même heure, pour le boulot. Donc, nécessité de deux sonneries, et de deux réveils. Veine, depuis que nous vivons à Montpellier, c’est plus harmonieux de ce côté-là, c’est vrai.
Ah et puis j’allais oublier l’horloge de la voiture ! Sgroumph... Je sors, en peignoir, heureusement qu’il fait beau ce matin, et que l’air est doux. Faut po-si-ti-ver. Dans le garage, je m’asseois à la place du conducteur. Tactactactic, 8h50.
Je DETESTE au plus haut point, chaque année, ce passage de l’heure d’hiver à l’heure d’été. Les économies d’énergie qui le justifiraient, honnêtement, elles ne m’ont jamais convaincu. Des deux changements, c’est celui du début du printemps que je trouve particulièrement ignoble, d’abord parce qu’on perd une heure sur le week-end. Ne pas oublier : pensée émue et solidaire pour les malheureux travailleurs de nuit qui bossent une heure en plus ce jour-là. Mais surtout, surtout, ça me détraque à chaque fois le sommeil, et j’ai besoin de deux semaines chaque année pour me réadapter. TiNours aussi. Hyper-désagréable.
Si j’étais une vache à traire, je trouverais cela encore plus pénible !
Mais, bon, oublions tout ça. Neuf heures. TiNours vient de se lever, c’est le début du dimanche, et l’heure du gros câlin. Pour ça, y a pas d’hiver ni d’été.
Et puis, ça fait toujours une heure en moins à supporter Sarko, en attendant le mois prochain...

20:32 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : heure d'été, heure d'hiver
22.12.2011
Dernières nouvelles du chevalier
J’ai fini hier matin mes achats de cadeaux de Noël. Je fais ça dans le brouillard, un peu au jugé. La corvée n’est pas trop difficile à condition de prendre quelques précautions. Tout d’abord, j’achète tout (à deux ou trois exception près) dans le même centre commercial, ce qui a l’avantage énorme de m’éviter de porter des paquets trop lourds. J’achète, je sors, je dépose mes boîtes dans le coffre de la voiture qui m’attend sagement sur le parking, je reviens, je recommence. Comme le centre est à taille humaine, les allées et venues ne sont pas trop crevantes, et cela m’évite de fatiguer mes bras en trimballant douze mille sacs de boutique en boutique, chose dont j’ai positivement HORREUR.
Je ne me fixe pas de budget prédéterminé, c’est trop contraignant. J’achète ce qui me plaît au feeling, en me disant que ça risque de plaire à une telle ou un tel. Je suis peu dépensier sur le reste de l’année. Alors c’est un peu comme pour les cartes postales en été, je me dis « Ah, bah, c’est l’un des seuls moments où tu peux montrer que tu les aimes aux gens que tu aimes. » Si, en plus, il faut compter dix euros... Tant pis pour la crise. Enfin, la mienne en tout cas. Et tant mieux pour la relance économique.
Avant-hier, pour faire mes paquets, j’avais déposé sur la table de la salle à manger tout ce que j’avais acheté en cochant ma liste ‘a posteriori’. Tout le monde était servi, ça m’a rempli d’aise. Tout le monde ? Non ! Il manquait encore les cadeaux de mon TiNours ! Mais pour lui, il y a eu la matinée d’hier. Bon, bien sûr, le temps consacré à la recherche de ses cadeaux, et le budget nécessaire, dépassent un peu celui des autres. Il est privilégié. Aux approches de Noël, on se taquine mutuellement. Lui : « Ne va surtout pas mettre ton nez dans l’armoire de la chambre du haut, je n’ai pas encore emballé tes paquets et ils y sont. » Moi : « Il me reste du papier et du ruban si tu veux, parce que moi je les ai faits, mes paquets, ils sont enfermés dans le placard du couloir, c’est pour ça que j’ai enlevé la clé... »
TiNours travaille encore cette semaine. En attendant, j’occupe mes journées de prof en vacances comme une bonne Desperate Housewife. Je suis allé laver les couettes à la laverie l’autre jour. Je cuisine, je prépare mes célébrissimes charlottes pour le dessert de Noel, ainsi qu’une tonne de cookies. Pour les réussir, il y a deux difficultés principales : 1) doser exactement la quantité de pâte à mettre sur la plaque de cuisson pour avoir un biscuit de taille correcte, et surtout avoir une série de taille égale, je n’y parviens jamais. 2) surveiller très attentivement la cuisson (température et durée) pour les sortir pile poil entre le stade ‘pas assez cuit’ ou ‘trop cuit’. Avec ces gâteaux-là, ça se joue à la seconde près !
Le copain à qui j’avais demandé s’il pouvait venir réaménager le placard du bureau ne m’a jamais rappelé. Il ne s’agit jamais que de poser des étagères et de mettre une nouvelle tringle dans le placard de la chambre, pour gagner de la place. J’en serais tout à fait capable. Mais je sais que là où je mettrais une journée entière, un bricoleur pourrait faire ça en deux heures. Et puis, disons-le, j’ai la flemme de me lancer là-dedans. La conséquence, catastrophique, c’est que je vis dans un bordel de paperasses et de livres permanent. Même si je range, les choses ne trouvent pas leur place.
Bon, on verra ça nous-mêmes, lors d’un week-end en janvier. En attendant, je vais encore procéder à un « énorme rangement » qui ne servira à rien parce qu’il se dégradera de lui-même au fil des jours, par défaut de structures adaptées pour caser proprement tout ça.
Le temps est assez clément par chez nous ces jours-ci. Des nuages, mais de belles éclaircies de bleu aussi. Ce matin à huit heures, pour saluer le départ de TiNours au boulot, on avait cet incroyable ciel diapré :
11:15 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
07.12.2011
Les lumières de la ville
Lorsque je rentre du lycée le soir, la nuit est déjà tombée. C’est l’heure du ballet des phares, les miens et ceux des autres, des lampadaires, des enseignes au néon des magasins, et, aussi, en ce moment, des décorations de Noël.
« C’est beau une ville la nuit » a écrit Bohringer en en-tête de l’un de ses livres. Bien sûr, c’est joli. La première fois que j’ai vu Los Angeles, dans l’avion qui m’y emmenait, il était dix heures du soir. Le spectacle était féérique, je n’oublierai jamais mon émerveillement couplé à l’exaltation de découvrir une ville un peu mythique. Vues de là-haut, les zones urbaines semblent toujours pouvoir dissimuler dans l’obscurité leurs aspects hideux, et faire briller leurs bijoux d’apparat. La vie semble plus intense, car même les lueurs fixes, celles des éclairages des rues et des néons, tremblotent légèrement. Et puis, bien sûr, il y a le long défilé lent des automobiles sur la route, tel une guirlande lumineuse. Vu d’en haut, on dirait toujours que c’est calme, sans précipitation, ni bousculades, ni bouchons. C’est très fallacieux, bien sûr.
Quand on est au ras du sol, les impressions sont bien sûr différentes. Moins de sérénité quand on est pris dans les embouteillages, et qu’on peut donc ‘profiter’ du bruit. Il n’empêche : le scintillement des lumières a un côté apaisant, c’est vrai. C’est joli, mais cela n’explique pas tout. D’où vient ce sentiment de sérénité, lorsque le soir tombe ? On ne le ressent pas avec la même intensité isolé dans un bois obscur, aux mêmes heures du jour. Dans ces moments-là, on peut lever les yeux vers les étoiles. Si elles ne sont pas cachées par les nuages ! Mais là, c’est éternité et plénitude. Les lumières de la ville, c’est sérénité et rectitude..
J’en suis venu à me dire que la raison pour laquelle on apprécie, sans réfléchir, de façon absurde, les phares, lumières et néons, c’est qu’ils sont des reflets de vie, des témoignages humains qui nous environnent pour nous enserrer dans un grand tout. C’est artificiel, certes, mais c’est un peu comme le reflet de millions de cœurs qui battent à l’unisson. La vie, quoi. On peut ne pas se sentir solidaire de la rumeur urbaine, mais ces loupiottes qui clignotent, on les aime bien parce qu’elles nous font une haie d’honneur, nous font sentir qu’on est un et qu’on est mille à la fois. Un défilé un peu dingue, mais on aime, de façon viscéralement irréfléchie, être enserré dans son cœur, quoiqu’on en pense.
Je n’aime pas la ville, mais j’aime ses lumières, le soir.
Surtout lorsque je rentre chez moi en voiture. C’te bonne blague. La sérénité, elle a aussi quelque chose à voir avec le fait que la journée de travail est terminée. Pour les autres, et pour moi.
Une loupiote rampante, tranquille dans son habitacle, semblable à des milliers d’autres.

21:41 Publié dans Les états d'âme de lancelot, Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : boulot, quotidien

