24.12.2011
Le dictaphone
Lorsque je lis les blogs des autres, de tous les amis réguliers, et de ceux qui ne me connaissent même pas, il m’arrive souvent d’être admiratif. Du style, bien sûr. Mais pas seulement. Admiratif de la façon franche, simple et directe qu’ont certains de parler d’eux-mêmes, de leur vie, de leurs problèmes, de leurs angoisses. Bien sûr, nous ne disons pas toujours tout, tous tant que nous sommes. Loin de là. Mais lorsqu’il s’agit d’aborder des sujets intimes, certains savent mieux le faire que d’autres. Plus simplement, en tout cas.
Moi, je ne sais pas.
Il y a très, très longtemps, une fille que je connaissais, avec qui je m’étais disputé, m’avait écrit une lettre pleine de reproches. Je me souviens très nettement de l’un d’eux : « Tu aimes faire des secrets et tu y prends plaisir, c’est insupportable pour ceux qui t’entourent ».
Seul avec moi-même, j’avais plaidé, et je plaide toujours, aujourd’hui, non coupable. Je n’aime pas particulièrement faire des secrets. Mais je l’avais déjà évoqué l’an dernier ici : j’ai une incapacité viscérale à parler de ce qui me terrorise. L’écrire, c’est encore plus dur ! Polir les mots, bichonner les phrases, imaginer des articulations dans les paragraphes, c’est donner un peu plus de corps aux ennuis, à la pression. Disons le mot : au malheur. Et si ça allait l’intensifier ? Sous mes dehors pragmatiques, je suis très superstitieux face à ces choses-là. Tant qu’on ne prononce pas le nom du diable, il ne surgit pas. On peut entr'apercevoir ses cornes, distinguer sa queue fourchue, mais si on se détourne, si on ignore sa présence, il finira bien par disparaître, non ?
Je n’y crois pas plus que vous, mais c’est ma manière à moi de me défendre. Je ne fais pas l’autruche, mais je préfère réagir en actes plutôt qu’en écrits, ou en paroles.
Je n’aime pas ma voix. En enregistrement, je la trouve ignoble. Plus « pédé » tu meurs. Je n’aime pas non plus mon écriture. Qui, que, quoi, elle me donne des coups de coude dans les côtes à chaque relecture. Trop long, trop ampoulé, trop chichiteux, trop répétitif, trop, trop, trop...
Je ne fais pas l’âne pour avoir du son en ce moment. Je ne vais pas à la pêche aux consolations. Globalement, je n’aime pas ce que je fais. Me relire, me réécouter, surtout me réécouter, est toujours une épreuve pour moi. Comme de se regarder dans un miroir et de découvrir les rides, les crevasses, les fissures, tout ce que l’esprit occulte si aisément. Enfermé aux commandes, dans sa propre boîte crânienne, on a tendance à oublier qu’on se projette à soi-même une image déformée de soi-même. La vérité, ce sont les autres qui la voient, l’entendent, la lisent, la perçoivent. Et encore. A leur tour, les autres refont passer tout cela par leur alambic personnel. Peut-on espérer qu’entre les deux, un peu de vérité filtrera ?
« On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ». Je l’aimais tant, le renard du Petit Prince. Mais qu’en est-il des oreilles ? Savent-elles percevoir l’essentiel ou pas, elles ? Il a oublié de le dire.
Je n’ai plus le luxe de m’attarder à ces questions oiseuses, le temps presse. J’ai dû, ces jours derniers, combiner les deux exercices, tout aussi périlleux l’un que l’autre : parler, écrire. Donner des instantanés de moi-même, de ma vie, de ce que je pense. Comme des notes sur un blog. Mais vocalement, sur un enregistreur. En vrac, des textes. Des mots, des phrases. Des poèmes lus. Des extraits musicaux. Ce que j’aime, ce que je n’aime pas. Parler jusqu’à en avoir mal à la gorge, trop serrée par les larmes refoulées. Rire, aussi, quelquefois, légèrement. Tu pleures, tu ris, tu pleures, tu ris. Tu meurs, tu vis, tu meurs, tu vis.
Ma voix, mes choix.
Mon cadeau.
11:19 Publié dans Les états d'âme de lancelot | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : noël
23.12.2011
Portrait chinois en chansons
Pour les chansons, ça a été plus facile que pour les livres ou les films.
Afin de ne pas embêter les non-anglicistes, je me suis permis une seule chanson en anglais, sur la question concernant mon moyen de transport préféré. C’est à chaque fois l’une des rubriques qui me donnent le plus de mal ! Ici, les paroles de Bette Midler cadraient vraiment bien, ç’aurait été dommage de m’en priver.
Pour faire un peu comme Plume, qui avait rajouté des détails, la dernière fois (les affiches des films qui la décrivaient en ronde) j’ai inséré pour chacun des titres, les paroles qui me font vibrer un peu plus ces temps-ci.
Ce qui m’amène à la constatation suivante : curieux comme on croit être inaltérable, et puis l’on constate que l’état d’esprit varie d’une semaine à l’autre. Ma liste correspond exactement à ce que je ressens aujourd’hui. Ou, disons, ces jours-ci. Nul doute que si je l’avais faite il y a deux semaines, ou dans un mois, elle aurait été différente. J’ai l’air d’enfoncer une porte ouverte, mais les ‘variations’ internes qui peuvent transparaitre lors de ce style d’exercice me surprennent toujours.
Décris-toi : ‘Quelque chose de Tennessee’ Johnny Halliday
« Cette force qui nous pousse vers l'infini
Y'a peu d'amour avec tellement d'envie
Si peu d'amour avec tellement de bruit
Quelque chose de Tennessee »
Comment te sens-tu : ‘Je bois’ Reggiani
« Je bois...
Aux femmes qui ne m’ont pas aimé
Aux enfants que je n’ai pas eus
Mais à toi qui m’a bien voulu...
Je bois...
A ces maisons que j’ai quittées
Aux amis qui m’ont fait tomber
Mais à toi qui m’as embrassé...
Mais à toi qui m’as embrassé... »
Décris là où tu vis actuellement : ‘Le Sud’ Nino Ferrer
« C'est un endroit qui ressemble à la Louisiane
A l'Italie
Il y a du linge étendu sur la terrasse
Et c'est joli
On dirait le Sud
Le temps dure longtemps
Et la vie sûrement
Plus d'un million d'années
Et toujours en été. »
Si tu pouvais aller n’importe où, où irais-tu : ‘So far away from LA, so far ago from Frisco’ Nicolas Peyrac
« Quelques lueurs d'aéroport, l'étrange fille aux cheveux d'or
Dans ma mémoire, traîne encore.
C'est l'hiver à San Francisco mais il ne tombe jamais d'eau
Aux confins du Colorado (...)
So far away from L.A., so far ago from Frisco.
I'm no one but a shadow, but a shadow, a shadow”
Ton moyen de transport préféré : ‘Wind beneath my wings’ Bette Midler
“Did you ever know that you’re my hero ?
You’re everything I wish I could be
I could fly higher than an eagle
But you are the wind beneath my wings”
Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : ‘Pour les enfants du monde entier’ Yves Duteil
« Dans vos sommeils de somnifères
Où vous dormez les yeux ouverts
Laissez souffler pour un instant
La magie de vos coeurs d'enfants
Puisque l'on sait de par le monde
Faire la paix pour quelques secondes
Au nom du Père et pour Noël
Que la trêve soit éternelle »
Toi et tes ami(e)s, vous êtes : ‘Les uns contre les autres’ Fabienne Thibault
« On danse les uns avec les autres
On court les uns après les autres
On se déteste, on se déchire
On se détruit, on se désire
Mais au bout du compte
On se rend compte
Qu'on est toujours tout seul au monde »
Comment est le temps : ‘Couleur menthe à l’eau’ Eddy Mitchell
« Elle était maquillée
Comme une star de ciné,
Accoudée au juke-box la la la la »
(« elle » = la météo ces jours-ci, bien sûr ! Il fait plutôt beau)
Ton moment préféré dans la journée : ‘Il est cinq heures, Paris s’éveille’ Jacques Dutronc
« La tour Eiffel a froid aux pieds
L'Arc de Triomphe est ranimé
Et l'Obélisque est bien dressé
Entre la nuit et la journée »
(Ce que je peux raffoler de ces métaphores ‘matinales’, moi....)
Qu’est-ce que la vie pour toi : ‘La quête’ Jacques Brel
« Rêver un impossible rêve
Porter le chagrin des départs
Brûler d’une possible fièvre
Partir où personne ne part »
Ta peur : ‘Je suis venu te dire’ Gainsbourg
« Tu te souviens des jours anciens et tu pleures
Tu suffoques, tu blêmis à présent qu'a sonné l'heure
Des adieux à jamais
Oui je suis au regret
De te dire que je m'en vais
Oui je t'aimais, oui, mais- je suis venu te dire que je m'en vais »
Quel est le meilleur conseil que tu as à donner : ‘Inch Allah’ Adamo
« Requiem pour six millions d'âmes qui n'ont pas leur mausolée de marbre
Et qui, malgré le sable infâme, ont fait pousser six millions d'arbres.
Inch' Allah Inch' Allah Inch' Allah Inch' Allah »
Pensée du jour : ‘Si maman si’ France Gall
« Mon cœur est confortable, bien au chaud
Et je lasse passer le vent
Mes envies s’éteignent, je leur tourne le dos
Et je m’endors doucement
Sans chaos ni sentiment
Si, maman, si
Si, maman, si
Maman, si tu voyais ma vie
Je pleure comme je ris
Si, maman, si
Mais mon avenir reste gris
Et mon cœur aussi »
Comment aimerais-tu mourir : ‘Il suffirait de presque rien’ Reggiani
« Il suffirait de presque rien
Pourtant personne tu le sais bien
Ne repasse par sa jeunesse
Ne sois pas stupide et comprends »
La condition actuelle de ton âme : ‘J’ai encore rêvé d’elle‘ Il était une fois
« Si je pouvais me réveiller à ses côtés
Si je savais où la trouver
Donnez-moi l'espoir
Prêtez-moi un soir
Une nuit, juste, pour elle et moi
Et demain matin, elle s'en ira »
09:45 Publié dans Les états d'âme de lancelot, Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : chansons
22.12.2011
Dernières nouvelles du chevalier
J’ai fini hier matin mes achats de cadeaux de Noël. Je fais ça dans le brouillard, un peu au jugé. La corvée n’est pas trop difficile à condition de prendre quelques précautions. Tout d’abord, j’achète tout (à deux ou trois exception près) dans le même centre commercial, ce qui a l’avantage énorme de m’éviter de porter des paquets trop lourds. J’achète, je sors, je dépose mes boîtes dans le coffre de la voiture qui m’attend sagement sur le parking, je reviens, je recommence. Comme le centre est à taille humaine, les allées et venues ne sont pas trop crevantes, et cela m’évite de fatiguer mes bras en trimballant douze mille sacs de boutique en boutique, chose dont j’ai positivement HORREUR.
Je ne me fixe pas de budget prédéterminé, c’est trop contraignant. J’achète ce qui me plaît au feeling, en me disant que ça risque de plaire à une telle ou un tel. Je suis peu dépensier sur le reste de l’année. Alors c’est un peu comme pour les cartes postales en été, je me dis « Ah, bah, c’est l’un des seuls moments où tu peux montrer que tu les aimes aux gens que tu aimes. » Si, en plus, il faut compter dix euros... Tant pis pour la crise. Enfin, la mienne en tout cas. Et tant mieux pour la relance économique.
Avant-hier, pour faire mes paquets, j’avais déposé sur la table de la salle à manger tout ce que j’avais acheté en cochant ma liste ‘a posteriori’. Tout le monde était servi, ça m’a rempli d’aise. Tout le monde ? Non ! Il manquait encore les cadeaux de mon TiNours ! Mais pour lui, il y a eu la matinée d’hier. Bon, bien sûr, le temps consacré à la recherche de ses cadeaux, et le budget nécessaire, dépassent un peu celui des autres. Il est privilégié. Aux approches de Noël, on se taquine mutuellement. Lui : « Ne va surtout pas mettre ton nez dans l’armoire de la chambre du haut, je n’ai pas encore emballé tes paquets et ils y sont. » Moi : « Il me reste du papier et du ruban si tu veux, parce que moi je les ai faits, mes paquets, ils sont enfermés dans le placard du couloir, c’est pour ça que j’ai enlevé la clé... »
TiNours travaille encore cette semaine. En attendant, j’occupe mes journées de prof en vacances comme une bonne Desperate Housewife. Je suis allé laver les couettes à la laverie l’autre jour. Je cuisine, je prépare mes célébrissimes charlottes pour le dessert de Noel, ainsi qu’une tonne de cookies. Pour les réussir, il y a deux difficultés principales : 1) doser exactement la quantité de pâte à mettre sur la plaque de cuisson pour avoir un biscuit de taille correcte, et surtout avoir une série de taille égale, je n’y parviens jamais. 2) surveiller très attentivement la cuisson (température et durée) pour les sortir pile poil entre le stade ‘pas assez cuit’ ou ‘trop cuit’. Avec ces gâteaux-là, ça se joue à la seconde près !
Le copain à qui j’avais demandé s’il pouvait venir réaménager le placard du bureau ne m’a jamais rappelé. Il ne s’agit jamais que de poser des étagères et de mettre une nouvelle tringle dans le placard de la chambre, pour gagner de la place. J’en serais tout à fait capable. Mais je sais que là où je mettrais une journée entière, un bricoleur pourrait faire ça en deux heures. Et puis, disons-le, j’ai la flemme de me lancer là-dedans. La conséquence, catastrophique, c’est que je vis dans un bordel de paperasses et de livres permanent. Même si je range, les choses ne trouvent pas leur place.
Bon, on verra ça nous-mêmes, lors d’un week-end en janvier. En attendant, je vais encore procéder à un « énorme rangement » qui ne servira à rien parce qu’il se dégradera de lui-même au fil des jours, par défaut de structures adaptées pour caser proprement tout ça.
Le temps est assez clément par chez nous ces jours-ci. Des nuages, mais de belles éclaircies de bleu aussi. Ce matin à huit heures, pour saluer le départ de TiNours au boulot, on avait cet incroyable ciel diapré :
11:15 Publié dans Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
20.12.2011
Histoires de dents, et sketch sans paroles
Je suis retourné hier chez le dentiste.
Quenotte en voie de couronnement... Elle regarde ses consoeurs de haut : « Moi, je change le plomb en or ! »
Enfin, en l’occurrence, il s’agit simplement de porcelaine. De Chine ou de Saxe, je ne saurais dire. A cheval donné, ne regarde pas les dents.
Le cheval est loin d’être donné, par parenthèse. Je dois payer 200 euros de ma poche, et je n’ai pas à me plaindre, les deux tiers du prix total me sont tout de même remboursés par cette bonne vieille MGEN. Conserver ses dents, c’est un luxe, de nos jours.
Charmant Docteur est revêtu d’une sorte de pyjama bleu de praticien, et de chaussons qui ne font aucun bruit sur le sol lisse. L’atmosphère du cabinet dentaire est relaxante, avec des fenêtres donnant sur des arbres qui tamisent la lumière. Tout est fait pour rassurer. Je me souviens de l’époque lointaine où les dentistes portaient d’intimidantes blouses blanches par-dessus leur costume de ville, et où ils gardaient aux pieds leurs mocassins dernier cri. Je ne sais pas vraiment laquelle des deux ambiances je préfère.
Il me propose des rendez-vous pour le sacre de Quenotte. Ce sera forcément en janvier, car pour les fêtes de fin d’année il prend des vacances, tout comme son prothésiste.
« Je peux vous proposer mercredi 11 ou vendredi 13 janvier »
Mon regard volontairement paniqué à l’énoncé de la seconde date le fait pouffer. Moi aussi d’ailleurs.
« Je préfère le mercredi 11. Ce sera le lendemain de mon anniversaire. Une occasion pour vous de me faire un beau cadeau. »
Là, c’est moi qui ai pouffé, mais il ne s’est pas joint à moi.
Bon, tout ça n’était qu’un prétexte, et une longue introduction, pour vous glisser le lien vers cette petite vidéo, que j’ai découverte hier grâce à Pilou, et qui m’a bien fait rire.
Ca fait du bien, de temps en temps. Profitons-en.
10:02 Publié dans Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note | Tags : dents, dentiste, sketch
14.12.2011
Mésaventures d'un prof pressé
En ce moment, Lancelot turbine au lycée et essaie d’en faire le maximum question boulot AVANT les vacances, pour pouvoir se reposer et en faire le minimum PENDANT les vacances. Quant à APRES les vacances, c’est un espace-temps qui n’existe même pas.
Alors je corrige à tour de bras des paquets de copies pour ne pas me laisser déborder par la marée. Mais ces bestioles-là, c’est comme les rats : à peine en a-t-on achevé un, qu’on en voit surgir dix derrière, comme par enchantement. Peu importe : pendant que la vague suivante d’élèves planche en classe, je corrige, rageusement, « en apnée » comme dit une copine à moi ! On finira bien par en voir le bout ! La seule, l’unique chose à éviter, c’est l’horreur du 2 janvier avec six paquets non faits qui attendraient sagement et imperturbablement, sur le bureau. Ca, c’est trop horrible. Faut anticiper.
Alors aujourd’hui, je sors de mon cours de terminale Z, tout heureux de leur avoir rendu un GROS devoir qu’ils ont fait la semaine dernière. Toujours ça en moins à faire. Et puis, pour demain j’ai les sujets d’autres tests tout prêts, mitonnés amoureusement par moi la veille. Faut les photocopier. Avant de rentrer à la maison, où je m’attellerai à corriger le paquet des secondes W, j’ai un moment de libre, il n’y a personne dans la salle des photocopieuses. Chouette. Je lance l’impression du test des terminales Q, ça ronronne allègrement pour les dix premières feuilles, et puis, pôf, bourrage. C’était trop beau. Bon, pas grave, j’ai l’habitude. J’ouvre donc la porte avant de la photocopieuse pour extirper la feuille coincée, et là...
...et là, la cartouche de toner mal fixée me tombe sur les chaussures, en empestant merveilleusement tout le carrelage alentour... On se serait cru à Tchernobyl juste après la fission du réacteur...
Bien sûr, les environs étaient déserts et il n’y avait aucun Prince Charmant pour m’assister en cet instant de douloureuse solitude...
« Lancelot, bougre d’âne, ne vois-tu rien venir ? »
« Je ne vois que la photocopieuse qui merdoie et le toner qui poudroie... »
Mouvement numéro 1 : andante ! Partir à la recherche d’un balai et d’une pelle. Le local des agents de service est désert, et fermé à clé, bien évidemment.
Mouvement numéro 2 : allegro ma non troppo : à l’accueil on me déniche du matos et on me promet de prévenir une femme de ménage, quand l’une d’elles pointera le bout de son nez.
Mouvement numéro 3 : fortissimo ! je balaie le toner, c’est gras, gluant, ça cochonne encore plus le sol, et j’ai toutes les peines du monde à éviter de salir mes vêtements. Mes mains, faut pas y penser, je ressemble au petit ramoneur.
Mouvement numéro 4 : piano : je change de photocopieuse en me retenant de bourrer la première de coups de pieds et je reprends ma série de copies. J’ai perdu une bonne demi-heure avec toutes ces conneries, et il va sans dire que selon ma bonne habitude j’ai braillé, vitupéré, fulminé, tempêté, et lancé mes foudres contre le toner maudit, et surtout sa cartouche de chiottes.
Mais bon, je finis tout ça et je remets un sourire léger sur mon charmant visage pour me diriger vers la porte : à la maison ! Le paquet des secondes m’attend. Las ! Sur le seuil de la salle, je vois une jeune étudiante perdue, trahissant tous les symptômes d’une nervosité extrême. Elle n’est pas gâtée par la nature, la pauvrette. Elle est presque aussi grande que moi en hauteur. Quand à la largeur, son jeans semble prêt à craquer. Mais écoutez donc mon histoire, avant de plisser le nez devant vos écrans et de vous dire que je suis un affreux moqueur ! En général, les élèves à la porte de la salle des profs, ça veut dire qu’ils veulent déposer un devoir dans un casier. N’écoutant que mon bon cœur et ma serviabilité naturelle, je lui demande si je pourrais l’aider.
« Euh, oui, sauriez-vous si en ce moment dans la salle des profs il y a un prof d’anglais ? »
« ........ un prof d’anglais, lequel... ? Qui est votre professeur ? »
« Euh en fait c’est n’importe lequel, peu importe, mon professeur est absent ce matin et je devais faire un exposé dans une autre classe, alors je devais corriger ma préparation avec elle, mais comme elle n’est pas là je cherche... un prof d’anglais, quoi... »
Long silence. Enfin, je me décide :
« Ben je suis prof d’anglais mais je me préparais à partir... »
« Oh ça ne prendrait pas beaucoup de temps vous savez, et puis c’est important cet exposé pour moi... »
Pffffffou. Quitte à m’occuper d’un inconnu grand comme moi avec un jean bien rembourré (enfin, là où il faut), j’eusse préféré que ce fût un garçon... Mais ce matin, le ciel ne m’était pas favorable. D’abord la photocopieuse, après, la chieuse.
« Bon allez, montrez-moi ça... On va essayer de faire vite. »
Elle avait fait un petit topo sur l’Australie et Sydney. Ca tenait à peu près la route, sauf qu’elle avait fait sauter tous les pluriels là où il en fallait. Je lui ai rajouté les S qui manquaient, et lui ai souhaité bonne chance. Mais ça a dû la galvaniser, parce qu’elle m’a poursuivi jusqu’au parking. « Attendez, je voulais encore vous demander ! Comment on dit « Kangourou » ? Comment on dit « diable de Tasmanie » ???? Attendez !!! »
Enfin, je m’en suis dépêtré.
Et je suis rentré pour corriger mes copies de secondes, comme un brave tâcheron que je suis. Par parenthèse, il est curieux de constater que la satisfaction du travail accompli contribue grandement à améliorer le moral, en période d’adversité.
Enfin, « période d’adversité », n’exagérons rien non plus. Juste une petite matinée, dans la vie d’un petit prof.

21:39 Publié dans Boulot, Lancelot s'énerve | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : photocopieuse, lycée
11.12.2011
La ville des lumières
Et surtout, n’oubliez pas de marquer une pause devant la subtilité de mon titre, par rapport à celui de la note précédente.
On a joué à Noël, hier.
Il y a une trentaine d’années, je me souviens avoir lu dans un magazine où ils interviewaient des stars sur les fêtes de fin d’année, la réaction d’Alice Sapritch : « Toute cette effervescence m’agace. J’irai me coucher avec deux aspirines ». A l’époque, j’avais pensé : « Vieille conne ».
Paix à son âme. L’âge aidant, je me transforme de plus en plus en Vieux Con que l’agitation fébrile du mois de décembre horripile, lui aussi. A chaque fois, je ne peux m’empêcher de me dire que cette joie factice n’est JAMAIS suffisante pour compenser la gueule de bois du 2 janvier, que tous les ans je trouve affreuse parce qu’on doit supporter à la fois la fatigue de ce que nous venons de vivre, en même temps que l’angoisse d’une longue période de boulot avant les bienheureuses vacances de février (merveilleuses, celle-là). Pour la vingtième fois, je me dis qu’il faudrait partir loin, loin, des bûches au beurre et des sapins dégoulinants de lumière. Nous le ferons un jour, TiNours et moi. Pour l’instant, nos contingences nous enchaînent ici. On ne fait pas toujours ce qu’on veut.
Bon, en attendant, pour se consoler, on peut bien s’enivrer de vin chaud et de l’odeur des marrons grillés. Ce n’est pas non plus le bagne, à condition d’oublier que ça ne dure pas.
Hier, la place de la Comédie grouillait de monde. Ca pèrenouellait, ça barbapapait, ça marronchaudait, ça dépensaitsanscompter.
Mais, bon, c’était joli. Nous avons fait nos premières emplettes, contents de les trouver originales, pour certaines. Des thés parfumés, à la menthe du Rif, à la cannelle espagnole, aux fleurs champêtres. Des pots de caramel au sel de Guérande : j’espère que les heureux destinataires apprécieront autant que moi cette gourmandise sublime, à verser sur des crêpes, sur des gaufres. Du chocolat aux éclats de nougatine. Là, il vaut mieux que ce soit leur tour de taille plutôt que le mien...
J’ai aussi acheté une paire de souliers, pour mon père. Facile, il a la même pointure, et les mêmes goûts que moi. C’est le pied ! Je suis Papa, pas à pas.
Nous avons dû passer environ deux heures en ville. C’était largement suffisant. Au-delà, les batteries de nos résistances à la foule, à la bousculade, à l’attente et au brouhaha s’épuisent.
Mais, nous avons au moins entamé, un petit peu, nos courses de Noël, alors que d’autres ont la satisfaction de les avoir terminées depuis deux semaines.
Demain est un autre jour.
23:13 Publié dans Loisirs, Shopping | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : noël
07.12.2011
Les lumières de la ville
Lorsque je rentre du lycée le soir, la nuit est déjà tombée. C’est l’heure du ballet des phares, les miens et ceux des autres, des lampadaires, des enseignes au néon des magasins, et, aussi, en ce moment, des décorations de Noël.
« C’est beau une ville la nuit » a écrit Bohringer en en-tête de l’un de ses livres. Bien sûr, c’est joli. La première fois que j’ai vu Los Angeles, dans l’avion qui m’y emmenait, il était dix heures du soir. Le spectacle était féérique, je n’oublierai jamais mon émerveillement couplé à l’exaltation de découvrir une ville un peu mythique. Vues de là-haut, les zones urbaines semblent toujours pouvoir dissimuler dans l’obscurité leurs aspects hideux, et faire briller leurs bijoux d’apparat. La vie semble plus intense, car même les lueurs fixes, celles des éclairages des rues et des néons, tremblotent légèrement. Et puis, bien sûr, il y a le long défilé lent des automobiles sur la route, tel une guirlande lumineuse. Vu d’en haut, on dirait toujours que c’est calme, sans précipitation, ni bousculades, ni bouchons. C’est très fallacieux, bien sûr.
Quand on est au ras du sol, les impressions sont bien sûr différentes. Moins de sérénité quand on est pris dans les embouteillages, et qu’on peut donc ‘profiter’ du bruit. Il n’empêche : le scintillement des lumières a un côté apaisant, c’est vrai. C’est joli, mais cela n’explique pas tout. D’où vient ce sentiment de sérénité, lorsque le soir tombe ? On ne le ressent pas avec la même intensité isolé dans un bois obscur, aux mêmes heures du jour. Dans ces moments-là, on peut lever les yeux vers les étoiles. Si elles ne sont pas cachées par les nuages ! Mais là, c’est éternité et plénitude. Les lumières de la ville, c’est sérénité et rectitude..
J’en suis venu à me dire que la raison pour laquelle on apprécie, sans réfléchir, de façon absurde, les phares, lumières et néons, c’est qu’ils sont des reflets de vie, des témoignages humains qui nous environnent pour nous enserrer dans un grand tout. C’est artificiel, certes, mais c’est un peu comme le reflet de millions de cœurs qui battent à l’unisson. La vie, quoi. On peut ne pas se sentir solidaire de la rumeur urbaine, mais ces loupiottes qui clignotent, on les aime bien parce qu’elles nous font une haie d’honneur, nous font sentir qu’on est un et qu’on est mille à la fois. Un défilé un peu dingue, mais on aime, de façon viscéralement irréfléchie, être enserré dans son cœur, quoiqu’on en pense.
Je n’aime pas la ville, mais j’aime ses lumières, le soir.
Surtout lorsque je rentre chez moi en voiture. C’te bonne blague. La sérénité, elle a aussi quelque chose à voir avec le fait que la journée de travail est terminée. Pour les autres, et pour moi.
Une loupiote rampante, tranquille dans son habitacle, semblable à des milliers d’autres.

21:41 Publié dans Les états d'âme de lancelot, Vie quotidienne | Lien permanent | Commentaires (11) | Envoyer cette note | Tags : boulot, quotidien
06.12.2011
Le temps qui passe
L’été n’est pas complètement parti.
L’automne ne s’est même pas vraiment installé.
Et l’hiver, qui y pense, à part le père Noël ? La mère Météo se fiche éperdument des traditions populaires et impose son anarchie souriante, ou sa fureur maussade, c’est selon.
On est en « Etomne », ça vous étonne ?
En attendant l’Auver, et peut-être même l’Hitemps ?
Les matous prennent le soleil, tranquilles comme Baptiste...
Le bébé bougainvillée continue à fleurir, fièrement, par-ci par-là. Un peu comme si certaines branches disaient : « Chiche ! Il fait trop bon ! J’ose ? ». Naissance tardive.
Certains arbres ont même l’air de chanter victoire : « Y a d’la joie... »
Notre mûrier platane offre simultanément les variations des trois saisons. Avec une nette préférence pour l’été. Vert, vert, vert. Il cache ses feuilles jaunes (et encore mieux les brunes) dans son épaisseur, coquet comme une vieille fille qui traquerait ses cheveux blancs.
On tombe aussi sur des choses tristes : même pas en avance pour cette année, le pauvre, il a dû passer des mois et des mois ici, dans l’indifférence totale. Utilisé, glorifié, jeté, oublié. Mort trop précoce.
Dimanche dernier, visite au petit village de Montpezat, à 150 mètres d’altitude, dans la vallée du Vidourle, à mi-chemin entre les Cévennes et la Méditerranée.
Là aussi, le mouvement rappelle celui des saisons. Monter, descendre. Regarder mourir le soleil, en se disant que cela ressemble tellement à une naissance. La joie en moins, le vague à l’âme en plus. Mais se sentir pris dans le lent glissement des choses, auquel rien ni personne n’échappe. Rien ni personne.
00:51 Publié dans Météo | Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note | Tags : météo, saisons
05.12.2011
Je me voyais déjà, en haut de l'affiche...
A quel besoin intérieur correspondent ces portraits, demande Plume. Qu’est-ce qui nous attire dans ces questionnaires à la Proust ? Quel est ce besoin de se définir, de se résumer ?
Bah, moi j’dis, c’est délassant de se compter les poils du nombril. Et puis, présenté de cette façon, c’est rigolo. Alors, je compte, et je me poile.
J’ai eu donc une autre idée. Après les livres, pourquoi ne pas faire pareil avec des titres de films ? J’ai trouvé ça plus dur que l’exercice précédent, pour deux raisons. D’abord, cette fois, je n’ai pas pu limiter mon choix aux seuls films que j’avais déjà vus, je n’y serais pas arrivé. Et puis, il fallait aussi que je reste cohérent par rapport au questionnaire précédent. Je ne pouvais pas dire par exemple que mon moyen de transport préféré c’était « Apollo 11 » en 1 et « Voyage à dos d’éléphant » en 2. C’était difficile ! Mais je pense en définitive que mes deux listes sont complémentaires tout en restant assez honnêtes.
Décris-toi :
Comment te sens-tu : « Tout feu tout flamme » (Rappeneau)
Décris là où tu vis actuellement : « A l’Est d’Eden » (Kazan) (cf liste précédente ! Oui, je me suis pas foulé sur ce coup-là !)
Si tu pouvais aller n’importe où, où irais-tu : « Itinéraire d’un enfant gâté » (Lelouch)
Ton moyen de transport préféré : « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (Forman)
Ton/ta meilleur(e) ami(e) est : « Les enfants du Paradis » (Carné)
Toi et tes ami(e)s, vous êtes : « Un dimanche à la campagne » (Tavernier)
Comment est le temps : « Plein Soleil » de René Clément (nananère... !)
Ton moment préféré dans la journée : « Cela s’appelle l’aurore » (Bunuel)
Qu’est-ce que la vie pour toi : « Si c’était à refaire » (Lelouch)
Ta peur : « Le sauvage » (Rappeneau)
Quel est le meilleur conseil que tu as à donner : « Croque la vie » (Tacchella)
Pensée du jour : « Partir, revenir... » (Lelouch)
Comment aimerais-tu mourir : « Adieu l’Ami » (Jean Herman)
La condition actuelle de ton âme : « Docteur Folamour » (Kubrik)
Bien sûr si, comme la dernière fois, Plume et Cornus, ou d'autres, veulent reprendre le défi à leur compte, ils sont les bienvenus ! Amicalement à tous. J
08:40 Publié dans Film, Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
04.12.2011
Et y en a qui se plaignent de la misogynie de la langue française !
L'autre soir, conseil de classe des Terminales X3.
Appréciation sur un bulletin : « Elève un peu trop dilettante »
L’un des délégués élèves se tourne vers moi et me souffle, timide : « Ca veut dire quoi, dilettante ? »
« Euh ! Ben ça veut dire qu’une fois il veut bien travailler, une fois il ne veut pas. Il n’est pas assez régulièrement impliqué dans son travail. On a l’impression qu’il vient en ayant la tête ailleurs, que tout ça importe peu, pour lui. En gros c’est ça, ‘dilettante’. »
Mais je sens que mon explication ne lui convient pas. Toujours en aparté, le prof d’histoire-géo, assis près de moi, vient à la rescousse :
« Dilettante ça veut dire ‘touriste en cours’, si tu préfères.. »
Ah, là il comprend mieux, le délégué. Mais il y a encore un truc qui le gêne.
« Pourtant, on parle d’un garçon... ? »
« Ben oui, et alors ? »
« Alors pourquoi ils ont mis un E à l’adjectif ? »
Le prof d’histoire-géo et moi, on s’est bidonnés dix bonnes minutes, avec ça. En aparté, toujours. Solennité du conseil oblige.
'Dilettant' ? Et 'dilé-oncle', alors ?
Vous noterez, c'est curieux, mais le mot "touriste" pose le même problème du E. Et "Je m'en foutiste", aussi ! Et "inerte" ! Et "apathique" ! Et "mollasse", alouette, gentille alouette ! De là à en déduire que le manque d'implication et la superficialité dans le travail sont typiquement féminines, il n'y a qu'un pas !

08:48 Publié dans Boulot, Lancelot se marre | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note


